Au sens strict, on a l’habitude de distinguer “l’art moderne”, nombreux sont ceux qui en attribuent la paternité à Pablo Picasso avec “Les demoiselles d’Avignon” en 1907, de “l’art contemporain”, qui désigne la création artistique depuis les années 1960. Mais la notion est mouvante : les oeuvres créées il y a plus de quarante ans sont-elles encore “contemporaines” ? Certains parlent “d’art actuel” pour distinguer la création la plus récente, mais ces catégories sont faites pour être chamboulées. Picasso, par exemple, peut être considéré comme un artiste “classique” pour ses oeuvres de jeunesse (période bleue, période rose), “moderne” pour ses peintures cubistes et “contemporain” pour la fin de sa vie (il meurt en 1973). C’est pourquoi la plupart des musées qui présentent l’art des XXe et XXIe siècles s’intitulent musées “d’art moderne et contemporain”. L’art contemporain, c’est l’art d’aujourd’hui, l’art qui parle de notre société, l’art qui se fait sous nos yeux, ou presque.

Il ne faut toutefois pas oublier que chaque époque a eu son “art contemporain”, avec la même part d’enthousiasme ou de rejet. En leur temps, Gréco ou Bernin ont essuyé de cuisants échecs. Mais le XIXe siècle a ouvert une nouvelle ère, où chaque nouvelle génération d’artistes aura a coeur de dépasser ses maîtres. Le romantisme de Delacroix est déjà une petite révolution, comme le seront plus tard le réalisme, l’impressionnisme, le fauvisme… Au début du XXe siècle, apparaît la notion fondamentale d’ “avant-garde”, qui introduit l’idée d’une rupture avec la tradition. La plupart des mouvements importants du XXe siècle se voudront ainsi en rupture, que ce soit les cubistes, qui déconstruisent la perspective classique, les surréalistes qui vénèrent l’inconscient, les dadaïstes qui cultivent le sentiment de l’absurde, ou, dans les années 1960 le Pop Art qui se jouera de la société de consommation… l’art ne cessant de se renouveler, à l’image de la société dont les mutations bouleversent sans cesse nos cadres de pensée.

Cette quête perpétuelle de la nouveauté a incité les artistes à utiliser des techniques et des supports de plus en plus variés. Ainsi les formes d’expression, qui sont longtemps restées cloisonnées à la peinture et à la sculpture, se sont démultipliées à travers la photographie, les performances, les installations, la vidéo… Mais ce sont aussi les territoires de l’art qui se sont élargis : les artistes ont voulu sortir des musées et se sont mis à exposer dans des garages (Arte povera en Italie), dans la rue, pendant que d’autres abandonnaient les pinceaux pour travailler directement sur les paysages (Christo) ou sauter dans le vide (Yves Klein) ! Adieu salons et académisme, l’art semble n’avoir plus de limites.



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