Ils sont sur les tables des libraires depuis le 22 août, voire avant. Certains sont tirés en nombre, d’autres portent les espoirs de leur auteur (et de leur éditeur !) : ce sont les romans de la rentrée.  555 vont paraître jusque la fin octobre ; beaucoup de premiers romans, des livres surexposés et d’autres cachés dans l’ombre.
Oublions les chiffres, retenons quelques titres et surtout ce que les pages renferment.

Les gros coups de cœur

Le garçon incassable (Florence Seyvos, L’Olivier). L’un des plus beaux récits de la rentrée a paru… avant l’été. Henri, frère de la narratrice par l’effet d’un remariage, est handicapé. Cela n’en fait pas un être faible ou dépendant, mais quelqu’un de différent, souvent drôle par ses manies, ses façons de faire et d’être. Son histoire, nous la lisons par ricochet ; elle ressemble à celle de Buster Keaton, autre garçon incassable qui traversait toutes les épreuves sans se faire mal. A travers ces deux êtres drôles et mélancoliques, Florence Seyvos parle de la fragilité, la sienne et la nôtre, et raconte des histoires simples et pleines d’émotion.

Nue (Jean-Philippe Toussaint, Editions de Minuit). Le cycle de Marie s’achève par un retour en arrière, à Tokyo, alors que le narrateur assistait ou imaginait la rencontre entre son rival Jean-Christophe de G et son amante, puis par une ultime étape à Elbe, riche en révélations et aveux. Comme dans les contes de fées, tout sera bien qui finit bien, mais on reste fasciné par l’écriture élégante et précise de Toussaint, amusé par son humour qui met à distance ce qu’il pourrait y avoir de trop sérieux dans la passion qui unit le narrateur à Marie.

Ormuz (Jean Rolin, P.O.L.). Le détroit d’Ormuz n’est pas connu pour ses léopards des neiges (certes empaillés) mais pour le trafic pétrolier. Environ 30% du pétrole et du gaz produits sur la planète transite par ce lieu également connu pour les menaces que font peser les gardiens de la révolution iraniens sur les navires américains ou occidentaux. Mais Ormuz n’est pas un reportage sur ce détroit. C’est l’histoire de Wax, un personnage un peu étrange qui décide de traverser le détroit à la nage. Le narrateur, qui arpente la région, prend des repères et cherche les contacts nécessaires, raconte cette équipée dont tout laisse à penser qu’elle sera délicate à entreprendre. Tout l’art de Rolin est de transformer cette aventure en roman à la fois documenté et drôle.

Mon prochain (Gaëlle Obiégly, Verticales). Si la lecture est une façon de partir à l’aventure, sans chercher à connaître d’avance le chemin, ce livre est un bréviaire à emporter et à savourer. On peut en effet lire Mon prochain de son début à sa fin, mais on pourra aussi picorer, feuilleter, se laisser prendre par un chapitre, par un autre. La narratrice utilise l’anecdote, l’observation, le reportage, le carnet de croquis, pour parler du monde et des humains, « Mon prochain » parmi les autres. Il y est question du travail, de l’amour, de la guerre lointaine et proche, des gens les plus simples, pris dans le dépourvu d’un instant. C’est beau !

Avoir un corps (Brigitte Giraud, Stock ). Il subit des métamorphoses, connaît des maux divers plus ou moins graves, il témoigne de nos émotions, de nos souffrances morales, il vit nos plus grandes joies, nos découvertes les plus précieuses : c’est notre corps et c’est à travers lui que la narratrice raconte sa vie. Autour d’elle, les parents, le frère, le garçon tant aimé et perdu dans un accident, les amies… L’auteur écrit au présent, décrit les menus moments qui font une existence. Celles et ceux qui ont lu J’apprends retrouveront le regard aigu de Brigitte Giraud, jamais narcissique ni complaisante.

Je ne retrouve personne (Arnaud Cathrine, Verticales). Aurélien, écrivain en pleine promotion pour son nouveau roman doit se rendre à Villerville pour mettre en vente la maison familiale.  Il devrait rester une nuit ; il passera l’automne et l’hiver. L’agent immobilier, un ancien camarade de classe, lui apprend la mort de Benoit, leur meilleur ami. La mélancolie teinte les journées du narrateur qui, de rencontre en rencontre, sent tout ce qui le différencie de ce monde qu’il a quitté. Seule Michelle, la fille de Junon qu’il a tant aimée et dont il s’est séparé ouvre la porte à des sentiments plus sereins, rendant possible un nouveau départ après cette halte.

La lune dans le puits (François Beaune, Verticales, à paraître fin septembre). Au cours d’un périple autour de la Méditerranée, l’auteur a recueilli les histoires, les a retranscrites, et en a choisi environ 200 pour figurer dans ce recueil, La Lune dans le puits. Il respecte un ordre chronologique, de l’enfance à la vieillesse, brossant ainsi un portrait des habitants et le sien propre. Drôles, tragiques, étranges, surprenantes, ces courtes histoires donnent à voir un espace, des êtres…et nous-mêmes !

Le dernier seigneur de Marsad (Charif Majdalani, Le Seuil Chakib). Khattar est maître d’un territoire et maître chez lui, les siens gouvernent le Liban. Il est riche et puissant jusqu’à ce que Hamid, son bras droit, un jeune homme qu’il a considéré comme son fils ait tenté d’enlever sa fille Simone. La fuite des deux amoureux ne dure pas. Mais elle rend difficile la succession de Chakib. D’autant que les vents tournent et que le pays connaît des guerres qui mettent les chrétiens à l’écart. La disparition du seigneur est proche. En de longues phrases sinueuses et envoûtantes, Charfi Majdalani raconte le Liban, et la passion des hommes.

Cela mérite le détour

Le bleu des abeilles (Laura Alcoba, Gallimard). Quittant l’Argentine de son enfance, alors que la dictature s’installe, la narratrice arrive à Paris. Enfin presque : au Blanc-Mesnil. Elle découvre une langue qu’elle a commencé d’apprendre à La Plata, une culture nouvelle, un pays sous la neige de décembre alors qu’elle arrivait de l’été austral. Elle garde le lien avec son père emprisonné, échangeant par lettres autour de leurs lectures, et notamment des abeilles qui seraient attirées par la couleur bleue. Un récit qui fait suite à Manège, petite histoire argentine, tout en finesse et en nuances, histoire d’amour avec la France qui accueille.

La méthode Arbogast (Bertrand de la Peine, Editions de Minuit). Il suffit qu’un ballon s’accroche à une branche, qu’une petite fille pleure pour le récupérer, pour que Valentin Noze, sorte de rêveur imaginatif se retrouve confronté à un méchant trafiquant d’animaux volant des grenouilles sur une île proche de Madagascar. La méthode Arbogast existe et vous la découvrirez en lisant cette histoire à la Tintin qui commence à Bruxelles, nous entraîne à  Diégo Suarez et amène le héros, assez proche du Belmondo de l’Homme de Rio, à côtoyer de jolies jeunes femmes et des personnages peu fréquentables. Un roman léger et astucieux.

Robert Mitchum ne revient pas (Jean Hatzfeld, Gallimard). Marija et Vahidin s’aiment. Et tous deux se préparent à l’épreuve de tir des Jeux Olympiques de Barcelone en 1992. Leur équipe, celle de Yougoslavie, est la meilleure au monde et ils devraient rentrer avec de l’or. Mais les premières bombes tombent sur Sarajevo, la Yougoslavie est exclue de toutes les compétitions sportives, et tous deux sont séparés : il se retrouve parmi les assiégés de la capitale bosnienne ; elle est de l’autre côté. Et leur talent de tireur servira autrement. Sur cette trame, Jean Hatzfeld écrit un roman à la fois documenté, juste, un peu mélancolique, teinté d’une sensualité toute simple. On ne dira rien de la fin, moins tragique qu’on aurait pu le craindre.

Nous n’avons pas encore lu mais nous lirons (ou essayerons de lire)

Les évaporés (Thomas B. Reverdy, Flammarion). Les Renards pâles (Yannick Haenel, Gallimard). Muette (Eric Pessan, Albin-Michel). Faber (Tristan Garcia, Gallimard).



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