Quand paraît en novembre 1913 À la recherche du temps perdu. Du côté de chez Swann, personne, ou presque, ne connaît Marcel Proust, qui a d’ailleurs essuyé le refus de plusieurs éditeurs et publie son roman chez Grasset à compte d’auteur. La presse est très hostile, et le critique du Mercure de France écrit alors : “J’ai commencé le livre avec enthousiasme, puis j’ai fini par le laisser tomber avec effroi, comme on refuserait de boire un soporifique.” On reproche à Proust d’être long, ennuyeux, mondain. Pourtant, six ans plus tard, en 1919, À l’ombre des jeunes filles en fleurs reçoit le Prix Goncourt et annonce une reconnaissance qui ne cessera de croître. Traduite dans le monde entier, l’oeuvre de Proust est aujourd’hui considérée comme un monument de la littérature française, véritable “cathédrale du temps”.

Marcel Proust naît à Auteuil au lendemain de la Commune, le 10 juillet 1871, dans une famille bourgeoise. Son père est un médecin renommé, qui transmettra sa passion au seul frère de Marcel, Robert. Il grandit à Paris, y étudie (il redouble sa seconde, fait un passage par Sciences-Po) et commence à y écrire : articles dans des petits journaux, poèmes, nouvelles, ébauches de romans. Vers l’âge de vingt ans, il fréquente les salons, où il rencontre des écrivains, comme Anatole France, ou des peintres, tel Jacques-Émile Blanche qui fait son portrait en 1892. Son entourage le rêverait avocat ou diplomate, mais il sera écrivain.

Proust écrit alors sur la littérature, sur l’art, dans Le Figaro et traduit même Ruskin en français alors qu’il parle à peine anglais. Il commence en 1908 ce qui deviendra À la recherche du temps perdu, prévu d’abord comme un cycle de trois volumes. Mais la Première Guerre mondiale retarde la parution du second volume et donne à Proust, de santé trop fragile pour être mobilisé, le temps d’amplifier son roman. “Pour moi, le roman ce n’est pas seulement de la psychologie plane, mais de la psychologie dans le temps. Cette substance invisible du temps, j’ai tâché de l’isoler, mais pour cela il fallait que l’expérience pût durer”, déclare-t-il alors. La Recherche sera l’oeuvre d’une vie, interrompue par la mort de Proust le 18 novembre 1922 à Paris.

À l’instar de Balzac, qu’il admirait beaucoup, Proust a composé une véritable comédie humaine, avec plus de 500 personnages, réels ou imaginaires, empruntés à tous les milieux sociaux. Tout n’est pas que lenteur dans La Recherche : des princesses aux domestiques, des cocottes aux barons dandys, c’est un monde soumis au mouvement de l’Histoire, de Napoléon III à la République en passant par les tentatives de restauration monarchique, le boulangisme, l’affaire Dreyfus et surtout la Première guerre mondiale, qui brise les uns et promeut les autres, redistribuant les cartes d’un jeu perpétuel. Observateur exceptionnel, Proust en ressort moins romancier de la vie mondaine que vrai philosophe de la société.



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