Les musées se livrent une concurrence acharnée pour attirer les foules, plus nombreuses que jamais : 913 064 visiteurs au Grand Palais pour l’exposition Monet en 2011, 790 000 “fous du chocolat Lanvin” ont porté aux nues Dali cet hiver… Comment ne pas se perdre dans cette jungle où le meilleur voisine parfois avec le pire ? Attention, les plus grandes ne sont pas toujours les meilleures.

Les coups de coeur

L’Ange du bizarre. Le romantisme noir de Goya à Max Ernst (Musée d’Orsay, 1 rue de la légion d’honneur, VIIè, jusqu’au 9 juin. Renseignements : 01 45 49 47 03 et www.musee-orsay.fr).

“Et quand il eut passé le pont, les fantômes vinrent à sa rencontre” : c’est sur cette phrase du Nosferatu de Murnau (1922) que s’ouvre l’exposition du Musée d’Orsay et c’est bien ce qui attend le visiteur au cours d’un éblouissant parcours qui tient autant de la visite d’un château hantée que d’une séance de confessions sur un vieux divan élimé. Qu’ils soient peints, dessinés, sculptés ou filmés, démons, sorcières et revenants sont présentés ici en un cortège qui part du XVIIIème des lumières pour arriver jusqu’au surréalisme, avec toujours ce « parfum de forêt sombre et de hautes voûtes » dont parlait André Breton. Des sorcières de Füssli à la funèbre Villa en bord de mer de Böcklin, le cauchemar libère toutes les pulsions les plus sombres, mais il est parfois aussi beau comme un clair de lune de Friedrich, même si la dernière partie sur le XXème siècle sonne un peu comme un réveil abstrait et loin des images fortes que l’on a reçues souvent de plein fouet. “Croyez-vous aux fantômes ? Non, mais j’en ai peur”, répondait Mme Du Deffand à Horace Walpole.

De l’Allemagne 1800-1939. De Friedrich à Beckmann (Musée du Louvre, Ier, Hall Napoléon, jusqu’au 24 juin. Renseignements : 01 40 20 53 17 et  www.louvre.fr).

On oublie que l’Allemagne ne s’est pas faite en un jour et que c’est largement autour du concept de Kultur qu’elle a forgé son unité. De l’étrange confrérie des Nazaréens, qui au début du XIXème rêvaient de la Renaissance italienne, aux pulsions dionysiaques de Böcklin, mises en scène dans une salle impressionnante, l’exposition raconte cette histoire passionnante avec en chemin pas moins de 20 tableaux de Caspar David Friedrich étourdissants de beauté et une dernière section glaçante où la guerre s’invite avec une force implacable, présentant des gravures d’Otto Dix ou L’enfer des oiseaux, de Max Beckmann. Alors que l’exposition a déjà largement séduit le public et la presse, une violente polémique s’est déclenchée outre-Rhin, lancée par deux journaux qui accusent le Louvre de présenter une vision sinistre de l’Allemagne, où les racines du nazisme apparaîtraient dès le romantisme. Beaucoup de bruit pour Rhin !

Dynamo. Un siècle de lumière et de mouvement dans l’art 1913-2013 (Grand Palais, entrée Champs Elysées, jusqu’au 29 juillet. Renseignements : http://www.rmngp.fr).

Dynamo : c’est le titre sous lequel le Grand Palais rassemble des œuvres d’artistes très différents les uns des autres mais qui ont en commun de faire bouger l’art, par tous les moyens, et, comme la dynamo d’un vélo, de transformer le mouvement en lumière ou en autre chose. Finis les tableaux, les sculptures ou même les photographies qui ne donnent que l’illusion ou l’impression du mouvement : ces artistes-là veulent que ça bouge vraiment et ils utilisent tout pour ça : le vent, l’eau, la lumière, des engrenages, des moteurs ou encore la présence et les déplacements des visiteurs. Pour cette raison, on les désigne souvent sous le nom d’artistes “cinétiques”, mot qui vient du grec ancien kinesis, qui signifie le mouvement. Dans les années 1960, Jean Tinguely, fabriquait des grosses machines rouillées qui tournoyaient en grinçant et Victor Vasarely peignait des trompe-l’œil qui donnaient l’impression de voir double. Aujourd’hui, les artistes inventent encore d’autres moyens de créer l’illusion, jusqu’au vertige.

Eileen Gray (Musée national d’art moderne Centre Georges Pompidou, IVè, jusqu’au 20 mai. Renseignements : 01 44 78 12 33 et www.centrepompidou.fr).

Nom mythique de l’histoire du design, Eileen Gray(1878-1976) n’avait jamais bénéficié d’une exposition importante en France alors que c’est là que cette aristocrate irlandaise a passé presque toute sa vie. Des laques précieuses de ses débuts à ses tapis, beaux et abstraits comme des tableaux de Malevitch, en passant par la célèbre maison E-1027 à Roquebrune-Cap-Martin ou une multitude de meubles qui furent toujours des pièces uniques, l’exposition est comme une promenade au fil d’une vie dédiée à la beauté et à la fantaisie.

À voir aussi

Keith Haring, The political line (jusqu’au 18 août – Musée d’art moderne de la Ville de Paris, XVIè, 11 Avenue du Président Wilson. Renseignements : 01 53 67 40 00 et www.mam.paris.fr – Centquatre, XIXè, 5 Rue Curial. Renseignements : 01 53 35 50 00 et www.104.fr).

Il est sans doute l’un des artistes les plus connus du grand public, tant ses œuvres ont été diffusées sur de multiples posters et produits dérivés. Keith Haring (1958-1990), virtuose du dessin depuis son enfance, a énormément produit, réalisant ses œuvres en écoutant de la musique, parfois en très grand format, sur bâches ou dans le métro. Les deux expositions parisiennes, réunissant 250 œuvres, abordent l’artiste par sa face politique, car, derrière le côté facile et bd de son œuvre, se développe un engagement qui n’a jamais faibli et luttait contre le racisme, le capitalisme mais aussi l’apartheid en Afrique du sud, la menace de guerre atomique, la destruction de l’environnement, l’homophobie et le sida. Keith Haring ne voulait rien de moins que transformer le monde.

Ron Mueck (Fondation Cartier pour l’art contemporain, XIVè, 261 boulevard Raspail, jusqu’au 29 septembre. Renseignements : 01 42 18 56 50 et www.fondation.cartier.com).

Qui a vu une fois une œuvre de Ron Mueck s’en souvient. Né à Melbourne en 1958, Ron Mueck a commencé sa carrière en modélisant des marionnettes pour la télévision et le cinéma. Mu par un perfectionnisme de plus en plus impérieux, il est révélé par l’exposition Sensation à Londres en 1997. Ses sculptures hyperréalistes reproduisent des corps humains (avec de la silicone, de la résine polyester et de la peinture à l’huile) mais en procédant la plupart du temps à un changement d’échelle. Le résultat est aussi troublant que spectaculaire.

À voir (encore !)

Derniers jours de la très belle exposition La Collection Howard Greenberg (Fondation Henri Cartier-Bresson, jusqu’au 28 avril). Giotto et Pistoletto (Palais du Louvre). Julio Le Parc (Palais de Tokyo). Eugène Boudin (Musée Jacquemart-André). Les Macchiaioli (Orangerie). Marie Laurencin (musée Marmottan). Napoléon et l’Europe (musée de l’armée – Hôtel des Invalides).



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