Dans le monde littéraire, l’évocation d’Harry Potter suscite souvent l’agacement. Voilà une œuvre située aux antipodes des valeurs établies en matière de littérature, soutenue par des intérêts clairement mercantiles, qui, en moins de dix ans, est arrivée au sommet d’une gloire planétaire et d’une réussite financière en tous points extraordinaire (à ce jour, l’heptalogie de Joanne Kathleen Rowling s’est vendue à plus de 400 millions d’exemplaires et a été traduite en 67 langues).

Le succès, hors du commun, rencontré par la saga est fréquemment attribué à l’efficacité des campagnes de promotion et à l’émergence d’une consommation culturelle de masse. Cette explication n’est pas dénuée de vérité. Le petit sorcier a été abondamment et brillamment “marketé” par ses éditeurs (Bloomsbury au Royaume-Uni, Scholastic aux États-Unis, Gallimard en France). Le recours au teasing et au seeding a, notamment, permis de renforcer le lien entre l’oeuvre et ses lecteurs. La mise sur le marché de produits culturels dérivés (films, jeux vidéos, parc d’attractions, jouets) a, quant à elle, permis d’entretenir la “marque” Harry Potter, dont le poids est aujourd’hui évalué à 4 milliards de dollars. L’auteur elle-même a contribué au succès commercial de son œuvre en adaptant sa biographie aux canons de la success story à l’américaine, en tenant un blog dans lequel elle tenait les fans au courant de sa progression ou en faisant courir de folles rumeurs sur certains de ses personnages. De ce point de vue, Rowling est l’héritière directe “d’auteurpreneurs” comme Charles Dickens ou Alexandre Dumas, qui savaient parfaitement adapter leur production aux exigences du marché.

Pourtant, une explication par les stratégies du marché ne peut à elle seule expliquer le succès d’Harry Potter puisque bien d’autres produits ont été lancés et soutenus de cette façon sans que cela produise un phénomène d’une ampleur comparable. Il y a donc dans le chaudron magique de l’écriture de J.K. Rowling une recette singulière, qui a accroché l’air du temps. Quels en sont donc les ingrédients ?

L’un des attraits majeurs de la saga Harry Potter est qu’elle met en scène une société avec ses propres règles et structures, un véritable univers virtuel. Là où la plupart des auteurs pour la jeunesse semblent craindre de trop solliciter la mémoire de leurs lecteurs, J.K. Rowling paraît quant à elle bien décidée à faire concurrence à l’état civil : en dehors de Harry Potter lui-même, on peut comptabiliser un total d’environ 400 personnages pour les sept tomes. Chacun de ces acteurs a un nom, une origine (mythique ou littéraire) un caractère, une histoire et un rôle (d’adjuvant ou d’opposant). On a là affaire à une imagination débordante qui n’a rien à envier à celle de Tolkien.



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