Nous sous-estimons souvent l’importance de l’olfaction dans notre vie de tous les jours. Culturellement, nous avons appris à considérer ce sens comme secondaire, certainement parce qu’il renvoie aux comportements animaux. Pourtant, l’olfaction est un sens essentiel chez l’être humain. La preuve en est qu’une part importante de notre génome (environ 5%) est exclusivement consacrée au système olfactif. Comprendre comment l’olfaction fonctionne, c’est décoder une partie de nos comportements. En effet, notre cerveau détecte en permanence les odeurs qui nous entourent (odeurs corporelles des personnes de notre entourage, odeurs des objets, des lieux, de l’environnement dans lequel nous vivons…). La plupart d’entre elles sont analysées inconsciemment et influencent, sans que nous le sachions, nos comportements.

La spécificité de l’olfaction réside dans son formidable pouvoir d’évocation. Ce phénomène est bien connu sous le nom de Syndrome de Proust, en référence à un passage de son roman A la recherche du temps perdu, dans lequel le goût d’une petite madeleine trempée dans son thé transporte le narrateur dans sa petite enfance. Véritables catalyseurs de souvenirs, les odeurs renvoient aux souvenirs des événements qui leur sont associés. Les sensations olfactives font ainsi revenir des souvenirs très anciens – souvent liés à la petite enfance et chargés d’émotions. Le plus surprenant est que cet exceptionnel pouvoir d’évocation s’accompagne d’une extrême difficulté à identifier les odeurs. Lorsqu’on présente des odeurs à l’aveugle, très peu de répondants sont capables d’identifier de quelle odeur il s’agit, même lorsqu’il s’agit d’odeurs aussi familières que la lavande, l’orange ou le citron. Alors qu’on associe spontanément et facilement des souvenirs aux odeurs, il est extrêmement difficile de les identifier et de les classer dans une catégorie d’odeurs de la même manière que l’on classe les couleurs dans des familles. Les spécialistes disent que la mémoire des odeurs relève de la mémoire épisodique (mémoire des souvenirs) plutôt que de la mémoire sémantique (mémoire des connaissances).

Les raisons de ce formidable pouvoir d’évocation sont encore mal connues. L’étude neurophysiologique de l’odorat ne fut longtemps qu’effleurée en raison de la complexité de son approche. Les études modernes sur les mécanismes biologiques de l’olfaction n’ont véritablement pris leur essor que dans les années 1990. Le principal moteur de cette accélération est sans conteste la découverte des récepteurs des odorants par Linda Buck et Richard Axel en 1991. Leur travail a d’ailleurs été sanctionné par le prix Nobel de médecine et de physiologie en 2004 pour la découverte des récepteurs olfactifs. Même si les recherches sur le fonctionnement de l’odorat connaissent un développement rapide, les mécanismes neurophysiologiques impliqués dans l’olfaction doivent encore être précisés.



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2 Commentaires

  • L’anglais « dedicated » est un faux-ami qui a piégé l’aimable auteur de ce texte, reprenant à son compte cette faute de français installée dans le langage courant depuis une quinzaine d’année, mais à corriger absolument.

    Ceci est faux : « une part importante de notre génome (environ 5%) est exclusivement dédié au système olfactif.  »
    Non, une part important de notre génome est CONSACRÉE / DESTINÉE / RÉSERVÉE / AFFECTÉE / DÉVOLUE au système olfactif, mais ne lui est pas « dédiée ». (au passage, petite faute d’accord bien excusable)

    Dédier, c’est rendre hommage : on dédie un poème à sa fiancée. Mais on ne dédie pas une thèse au système olfactif. On la lui consacre.

    D.T.

    • Bonjour DT,
      Merci pour votre lecture attentive et votre précision linguistique.
      Nous corrigeons de ce pas l’erreur.

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