L’histoire des soins du corps se confond avec celle des civilisations. Chaque époque a mis au point ses propres règles d’hygiène, ses tabous et a cherché à inventer des façons de soulager le corps, du bain parfumé pris par le chevalier au retour de la croisade aux langueurs de la belle odalisque en son hammam. Tout se mêle dans cette longue histoire : d’un côté, ce que l’on n’appelait pas encore la santé, avec les principes d’hygiène et les découvertes de la médecine, de l’autre, la recherche du plaisir et de la beauté. Le bien-être s’est toujours situé à la rencontre de ces deux sphères, comme l’ont vite compris les défenseurs de la morale, inquiets que le plaisir puisse l’emporter sur l’hygiène, affolés par les tentations du bain. Car l’histoire du bien-être est aussi celle de notre rapport au corps, à la nudité, et elle implique des enjeux esthétiques, sociaux et religieux.


L’archéologie comme les textes nous rappellent que, si le bain a beaucoup évolué dans sa forme, il correspond à une pratique qui se perd dans la nuit des temps : déjà présent dans L’Odyssée d’Homère, en tant que geste aristocratique, il se répand en Grèce et surtout dans la Rome antique, où il devient une véritable institution. Les thermes de plus en plus monumentaux construits par les empereurs pour le peuple répondent aux règles d’une architecture savante, alternant salles chaudes et froides, bassins et étuves, piscines… Lieux d’hygiène, ils sont aussi d’incontournables lieux de sociabilité, où l’on se rencontre comme on le ferait au marché ou au forum. Une tradition qui sera reprise dans le monde arabe, où le hammam jouera la même fonction. Parallèlement à ces pratiques collectives, le bien-être est un exercice quotidien et individuel, comme le prouvent les multiples objets retrouvés dans les maisons antiques : amphorisques, flacons de parfum, pyxides et pots à fard et miroirs, bien sûr. Car hier comme aujourd’hui, la fabrique de la beauté tient aussi bien de la science que de l’art.
À rebours de ce que l’on imagine souvent, le déclin de la civilisation antique n’a pas sonné le glas de la pratique du bien-être. De nombreuses découvertes récentes ont corrigé l’image d’un Moyen Âge crasseux et les célèbres tableaux de la Renaissance, comme celui de Gabrielle d’Estrées à sa toilette, nous montrent un raffinement qui n’a rien à envier à ce que nous connaissons aujourd’hui. Dans les châteaux, on redécouvre des appartements de bains et dans les villes, on identifie d’anciennes étuves populaires. Si l’Église chrétienne a joué un rôle très néfaste pour les établissements thermaux, trop immoraux à ses yeux, elle n’a jamais fait disparaître ce souci de se préoccuper de soi. Ce qui a changé, en revanche, c’est le lien entre appartenance sociale et pratique du bien-être : les précieux onguents et les huiles parfumées ont longtemps été un facteur de distinction sociale. Les classes populaires étaient alors associées à une mauvaise hygiène, qui inspirait un dégoût aussi physique que social. Les progrès de l’urbanisation (notamment marquée par l’hygiénisme au XIXème siècle) comme les politiques de santé et enfin le règne du glamour de notre époque ont hissé le bien-être au rang de devoir.



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