La ville de Lyon occupe dans les espaces français et européen actuels une position majeure, qu’il est possible de qualifier de situation “capitale”, et ce au double sens du terme : l’agglomération du “Grand Lyon” (nouveau nom d’usage de la COURLY ou communauté urbaine de Lyon créée en 1969) constitue en effet une place géographique, économique et culturelle aussi incontournable que primordiale. Si le contournement difficile de la ville, symbolisé par les célèbres embouteillages du tunnel de Fourvière fait encore parler de lui au moment des grands départs estivaux, il est certain que le déploiement de la grande rocade orientale (A46 et A432) marque l’ampleur de ce qui est en train devenir une véritable mégalopole, étendue sur plus de 520 km2, alors même que la population ne cesse de croître. Depuis 1999, le nombre d’habitants a augmenté de plus de 8 % (contre moins de 5 % en France), au point d’atteindre aujourd’hui 1,3 millions d’habitants.


Lyon n’est pas seulement une étape obligatoire entre France du Nord et du Sud, longtemps représentée par la ligne ferroviaire du PLM, elle est un carrefour historique entre le façade occidentale de l’Europe et sa colonne vertébrale alpine, citadelle montagneuse, qui, de l’Est à l’Ouest, commande la jonction et la séparation entre les grands bassins politiques et économiques. Le carrefour est depuis l’époque romaine matérialisé par la “confluence” entre la Saône, qui, vers le Nord rejoint la Bourgogne et au-delà le monde rhénan, et le Rhône, qui, vers l’Est, constitue la gouttière alpine. Il serait toutefois une erreur de considérer que les abords des fleuves, marécageux et inhospitaliers, furent les lieux privilégiés de développement de la ville. Le site premier de la cité, fondée en 43 avant notre ère par Lucius M. Plancus en tant que capitale de la Gaule romaine, est bien davantage le promontoire de Fourvière que la confluence elle-même ; on peut considérer que l’actuel projet de “Lyon confluence”, déployé en arrière de la gare Perrache sur 150 hectares marque l’achèvement d’une conquête par la ville de sa propre centralité. Reste donc à comprendre comment la “capitalisation” bien réelle de la ville contemporaine est le produit d’une histoire sinueuse et non linéaire, lisible au travers de l’urbanisme actuel et produit d’une longue extraterritorialité au sein de l’espace français. “Cette ville appartient déjà au Nord. C’est un centre du Midi, qui n’est point méridional, et dont le Midi ne veut pas” : l’historien Jules Michelet résumait ainsi au début du XIXe siècle la situation paradoxale de Lyon en tant que ville-capitale.



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