En France, après la seconde guerre mondiale, les jardins ont été voués à l’abandon, contrairement à ce qui s’est fait en Angleterre par exemple. Ce n’est qu’à partir des années 8o qu’une prise de conscience va permettre de restaurer et sauvegarder ce patrimoine remarquable. Aujourd’hui, les jardins sont à la mode. Le tourisme en fait un produit phare. L’événementiel prolifère. Les municipalités concourent pour “la troisième fleur”. Les journées des plantes ont un vif succès. Nos paysagistes osent dans la création et l’expérimentation. A l’ère des satellites et de la mondialisation, Gilles Clément, philosophe et paysagiste, milite pour la notion de “jardin planétaire” qui consiste à envisager la diversité et le rôle gestionnaire de l’homme face à cette diversité.

Michel Foucault nous offre une sublime définition du jardin, l’enclos comme parcelle et totalité du monde qui conjugue microcosme et macrocosme. “Le jardin, c’est la plus petite parcelle du monde et puis c’est la totalité du monde. Le jardin, c’est, depuis le fond de l’Antiquité, une sorte d’hétérotopie heureuse et universalisante.” Michel Foucault entend par hétérotopie le pouvoir de juxtaposer en un seul lieu réel plusieurs espaces, plusieurs emplacements qui sont en eux-mêmes incompatibles et contradictoires.

Le jardin a l’ambition d’être une image et une représentation ordonnée du monde, un microcosme, une création opérée par l’homme à sa mesure. C’est un enclos : une entité découpée autonome dans le territoire rural ou urbain. A l’intérieur de ces limites, la nature est disposée de façon à servir le plaisir de l’homme.

Il n’existe pas de jardin spontané, l’art des jardins est une conciliation entre ces deux styles opposés : la matière libre “à l’anglaise” et les formes asservies “à la française”. Le style du jardin est le résultat des solutions multiples apportées à cette conciliation. Lorsque la matière libre l’emporte sur les formes asservies on approche du paysage spontané, sans l’atteindre jamais (jardin Anglais). Parfois la discipline limite étroitement les forces naturelles, le jardin tend alors vers la stabilité minérale de l’architecture : c’est le paysage immobile des ifs taillés, des charmilles, des bassins géométriques (jardin de Versailles). Quoi qu’il en soit, il faut avoir en tête qu’un jardin est une forme d’expression et de création majeure, d’ailleurs étroitement associée à la peinture et à la poésie. A ce titre, un jardin “parle” comme une oeuvre.



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