Beatles et Rolling Stones forment assurément les piliers de la culture pop anglaise et occidentale. Irréductiblement associés à la génération du Baby boom, le destin et l’identité historique des deux groupes est étroitement interdépendant. Et ce malgré des trajectoires fort différentes : les Beatles ont choisis de quitter la scène, en tant que groupe, au moment où leurs fans accédaient avec eux à l’âge “adulte”, alors que les Stones inscrivirent d’emblée leur créativité dans une longue durée qui transfigure les générations.

Posé au départ comme une stratégie commerciale, voulue par le jeune manager des Rolling Stones, Andrew Loog Oldham, l’antagonisme entre les deux groupes a trouvé une résonance immédiate particulière au sein de publics sociologiquement contrastés, au point d’être, en retour, un élément structurant de la composition musicale et de la figuration médiatique respective des deux concurrents. Lorsque Oldham prend en charge la promotion des Rolling Stones en 1963, il y a un an à peine que les Beatles ont trouvé un succès sans précédent avec les tubes Love me do et Please Please me. Avant même que la “Beatlemania” s’épanouisse entre 1963 et 1965, Oldham a choisi de bâtir le succès des Stones sur l’idée que ces derniers sont les anti-Beatles. Originaires de Liverpool, John Lennon, Paul McCartney, George Harrison et Ringo Starr, formalisent en effet une version adoucie du Rock n’Roll, bâtie sur une rythmique simplifiée et une mélodie efficace. Forme première de ce qui sera le son “pop”, ce “Mersey sound”, du nom de la rivière qui passe à Liverpool, offre paradoxalement à trois jeunes issus des banlieues londoniennes Mick Jagger, Keith Richard et Brian Jones, bientôt alliés à deux professionnels plus âgés, Charlie Watts et Bill Wyman, la possibilité de se démarquer, en explorant les rivages plus sombres d’un Blues américain alors presque inconnu en Europe.

A partir de 1965, la machine à produire de l’antagonisme prend une ampleur beaucoup plus vaste, et les journalistes reprennent à leur compte l’opposition entre les “bons” et les “mauvais garçons”. Un jeu, pas toujours très subtil, permet aux uns et aux autres de créer l’événement musical : en 1967, assumant à la suite des Beatles un tournant “psychédélique”, les Stones parodient la pochette (et le titre long) de l’album Sergent’s Pepper Lonely Heart Club Band, avec celui de Their Satanic majesties request. Le jeu de miroir déformant atteint son paroxysme en 1969 avec le très cynique album Let it Bleed, répondant au gentil Let it Be des Beatles. A cette date toutefois, il y a déjà trois ans que ces derniers ont abandonné les tournées, alors que l’identité des Stones va reposer, et jusqu’à aujourd’hui, sur un art de la scénographie et du concert, les albums ne servant à terme que de prétexte pour de nouveaux “tours”.



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