Olivier Moulin


Un candidat à une élection devra se garder de commencer par affirmer à ses potentiels électeurs : “votez pour moi, car je suis meilleur que vous !” ; quitte à cacher son véritable avis, il aurait plutôt tendance à dire : “je suis comme vous !”. La proximité avec le peuple, réelle ou feinte, est en effet un argument de campagne courant : les individus auraient pour ambition d’être représentés par un des leurs, plus à même de comprendre leurs difficultés et donc de les résoudre. Cependant, même s’il peut être immédiatement séduit par ce type de discours, l’électeur ne peut s’empêcher de se dire que la personne qui lui ressemble le plus n’est peut-être pas la mieux placée pour gouverner, et que son suffrage devrait plutôt être donné à celui qui a le plus de valeur.

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On m’a donné un rendez-vous. La personne est en retard et ne donne pas de nouvelles. Le temps passe lentement, il est “long”, comme on dit. Étrange manière, d’ailleurs, que de définir le temps par une mesure spatiale. Mais qu’entends-t-on par là ? Que la conscience que nous avons du temps le modifie. Que le fait d’attendre change le temps qui passe. Il ne “passe” plus, il reste. Il s’étire de plus en plus au fur et à mesure de mon attente. Mon présent est tout entier tendu vers le futur, et n’a plus de qualité propre. Il s’alourdit du poids de mon avenir.

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Le mythe de Prométhée guide l’image que l’homme se fait de son rapport à la nature : ses manques constitutifs l’obligent à produire des outils, qui le conduisent à une maîtrise toujours plus grande de son environnement. Mais ce mythe prend un sens bien différent selon qu’on l’interprète avec un point de vue antique (l’art divin doit permettre à l’homme de s’insérer harmonieusement dans le cosmos) ou moderne (avec l’art l’homme devient l’égal des dieux et a pour vocation de dominer la nature). Le retournement moderne, lié à la révolution technico-scientifique du XVIIème siècle, a profondément modifié la relation entre l’homme et la nature, et par là aussi bien la définition de la nature que celle de l’homme.

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Rares sont les hommes à avoir une aura aussi grande que Shakespeare dans notre société. Proche en cela du statut que possédait Homère pour les grecs anciens, il représente l’artiste éternel dans toute sa splendeur. Le mythe Shakespeare a toutefois ceci de gênant qu’il nous cache à la fois l’artiste, sa vie et le contexte historique dans lequel elle s’est déroulée, et son œuvre, prétexte à admiration plus que véritable objet de spectacle. Qui lit aujourd’hui Roméo et Juliette, mis à part les écoliers anglo-saxons pour qui la scène du balcon est un passage tout aussi obligé que pour les nôtres la mort de Gavroche ? C’est beaucoup plus par ses adaptations modernes que le plus illustre auteur de la littérature mondiale est approché. Il semble dès lors utile de revenir au “vrai” Shakespeare, tout en se demandant quelles sont les causes d’un tel fanatisme à son propos.

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