Vous avez pu les voir sur les tables des libraires depuis le 21 août. Des noms vous sont familiers, voire trop familiers. D’autres méritent que vous feuilletiez ou achetiez et lisiez. Voici quelques propositions mais d’abord un petit repère : 607 romans en tout, dont 404 français.  Vous trouverez 75 premiers romans. Mais que signifient ces chiffres ? Vous ne pourrez tout lire, alors retenez quelques titres et surtout ce que les pages renferment.

Les gros coups de cœur

Chant furieux (Philippe Bordas, Gallimard). Auteur d’un texte sur le vélo, Les forcenés, Philippe Bordas propose ici son premier roman : 500 pages, des paragraphes comme autant de blocs singuliers pour dire la saga d’un champion, au sommet de sa gloire et au moment de sa chute, Zidane en 2006, à travers le regard d’un photographe qui le suit pendant cent jours. Dans une langue emportée, ce roman raconte Paris et son quartier de la Gare du Nord, la banlieue et ses “zoniers”. Un pari unique.

Le Royaume  (Emmanuel Carrère, P.O.L.). Luc est le personnage principal de ce livre énorme qui raconte les débuts du christianisme, entre 58 et 90 de notre ère. Enquête ? Roman ? Récit autobiographique ? Tout cela à la fois et on y rencontre aussi bien Paul de Tarse que Néron, Domitien, Sénèque ou Juvénal. Le romancier ne joue pas la reconstitution soignée mais multiplie les esquisses, donne à lire cette histoire incroyable qui fonde la foi de millions de fidèles avec intelligence et drôlerie.

Le triangle d’hiver (Julia Deck, Éditions de Minuit). Quel est le point commun entre la constellation de Sirius, et le trajet SNCF entre Le Havre et Saint-Nazaire via Paris ? Ils ont la forme du triangle. Lequel est aussi ce qui lie “Mademoiselle”, l’Inspecteur et Blandine. Mademoiselle vole et ment, et ne veut pas travailler. Derrière la fantaisie formaliste, on distingue nettement notre univers, dans le décor des villes reconstruites après 1945. Le monde du travail, celui des rapports de classe et de sexe, dans toute sa triste apparence. On sourit, jaune ou noir, c’est selon.

Viva (Patrick Deville, Le Seuil). Deux révolutionnaires ont vécu au Mexique à la fin des années trente : l’un rêvait de la révolution permanente et est mort assassiné, c’est Trotsky. L’autre voulait bâtir le roman total, c’est Malcolm Lowry. Leur vie parallèle est au cœur de Viva. Là se rencontrent aussi Frida Kahlo et Antonin Artaud, le mystérieux Traven et le volcanique Rivera. L’écriture de Deville est toujours aussi vive, pénétrante et élégante.

Blanès (Hedwige Jeanmart, Gallimard). Eva et Samuel sont allés à Blanès, non loin de Barcelone, pour la journée. Au retour, Samuel disparaît. Mais ce n’est pas ce que dit Eva à qui l’interroge, déclarant : “Il est mort.” et ajoutant aussitôt : “c’est une figure de style”. Elle retourne à Blanès, s’y installe un temps. Elle va enquêter ? Pas vraiment. Elle rencontre des passionnés de Bolaño, romancier ayant vécu là, elle traine dans la ville, contemple, s’interroge. Un premier roman étonnant qui rappelle Jean-Philippe Toussaint.

Autour du monde (Laurent Mauvignier, Éditions de Minuit). En 2011, le Japon a subi le tsunami. L’événement est le point de départ de ce roman qui se déroule autour de la planète. Des histoires de toutes sortes, mettant en scène des anonymes ; racontant la rencontre, la solitude, l’ennui, la grâce aussi, d’un instant. L’écriture déliée, légère de Mauvignier donne leurs contours aux détails. L’émotion affleure à travers l’anodin.

Olivier Rolin

Olivier Rolin

Le météorologue (Olivier Rolin, Le Seuil). C’est l’histoire d’un savant qui envoie des lettres à sa fille, avec des dessins de fleurs, des devinettes, de quoi éclairer et distraire l’enfant. Lui est enfermé dans le Goulag. En 1934, il disparaît. Ce météorologue a réellement existé, et en racontant son parcours, Olivier Rolin raconte le rêve d’une nouvelle société, et l’horreur des purges et assassinats.

Mécanismes de survie en milieu hostile (Olivia Rosenthal, Verticales). Conte initiatique autour de la peur, récit du décès d’une sœur, réflexion éclatée sur certains phénomènes liés à la mort, roman à suspens sur la fuite, l’art de se cacher, de se rendre invisible ? Ce livre est tout cela à la fois. On n’a pas une « histoire », une intrigue, mais des pièces de puzzle à rassembler. C’est à la fois intelligent et émouvant parce que l’auteur sait montrer ou dire autant que taire et suggérer. Le lecteur travaille, pour le meilleur.

Pas pleurer (Lydie Salvayre, Le Seuil). En cet été 36, Montsé, « une mauvaise pauvre » fait l’expérience de la liberté et du bonheur. Son mois d’août restera unique : Barcelone qu’elle découvre, est insoumise et joyeuse, libertaire. En cette même saison, à Palma, Bernanos découvre l’horreur de la guerre civile. Sa vision du monde en particulier en est bouleversée. Le roman raconte cette double histoire, et celle d’un village à l’heure de la guerre d’Espagne. C’est Montsé, mère de la narratrice qui dit cela dans sa langue rebelle et drôle, reprise par l’auteur, au style aussi soutenu que caustique.

Cela mérite le détour

Œuvres vives (Linda Lê, Christian Bourgois). Antoine Sorel est un écrivain méconnu, un « dépenaillé de l’existence » qui vient de se suicider. Le narrateur enquête à son sujet, découvre une œuvre déroutante et passionnante, et la ville qui a servi de cadre à l’existence de Sorel, Le Havre. Le roman contient les récits croisés de celles et ceux qui ont aimé ou connu Sorel : il dresse le portrait de cet être à part. C’est aussi la matrice du livre que tente d’écrire le narrateur. Les obsessions de Linda Lê, la solitude, l’exil, l’écriture, l’asphyxie familiale, le racisme, reviennent. Sa langue à la fois classique et singulière, emporte le lecteur.

Bois II (Élisabeth Filhol, P.O.L.). Autrefois, les luttes ouvrières avaient quelque chose d’ardent, de bouillonnant ; elles débouchaient parfois sur des victoires. Dans Bois II, la lutte est d’abord un affrontement en huis-clos, avec un patron qui semble lointain. La narratrice fait partie du « collectif soudé » qui négocie les licenciements. La romancière montre des visages, des corps, donne à entendre des voix. Peu de certitudes, beaucoup d’inquiétudes. L’entreprise au temps de la mondialisation est aussi désorientée que les chefs sensés la mener. L’écriture précise, factuelle d’Elisabeth Filhol rend toutes les nuances.

Nous n’avons pas lu mais nous n’en dirons pas grand chose

Peine perdue (Olivier Adam, Flammarion).

 



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