Alfred Joseph Hitchcock naît dans un quartier populaire de Londres le 13 août 1899, et meurt le 29 avril 1980 à Bel-Air, quartier huppé de Los Angeles. En 53 longs-métrages réalisés de 1922 à 1976, il est devenu l’un des réalisateurs les plus célèbres et, sans doute, le plus commenté, analysé, disséqué. Trente-trois ans après sa mort, son œuvre continue de fasciner ; sa vie a fait l’objet de plusieurs biographies et dorénavant de « biopics » qui poursuivent d’alimenter une légende qu’il s’était lui-même ingénié à créer de son vivant.

Hitchcock, c’est d’abord un talent précoce. Son tout premier film, Le jardin du plaisir, réalisé en 1925, est encensé par la critique. Les cheveux d’or, en 1926, ou Le masque de cuir, un an plus tard, l’installent au firmament du cinéma muet britannique. Son premier film parlant, Chantage, en 1929, est considéré par le magazine américain Variety comme une œuvre phare. Par la suite, les années 30 avec L’homme qui en savait trop, Les 39 marches ou Une femme disparaît, font de lui le plus important des cinéastes anglais, connu et respecté par les cinéphiles américains et ardemment courtisé par Hollywood, via son plus célèbre producteur David O’Selznick.

Ce qui a d’ailleurs définitivement convaincu Selznick de le faire venir à Los Angeles, c’est, en 1938, le prix de meilleur réalisateur de l’année que lui atttribua l’association des critiques new-yorkais pour Une femme disparaît. Cela tord le cou à une idée fausse selon laquelle Hitchcock obtenait des succès commerciaux, mais était détesté de la critique. En fait, Hitchcock a connu succès et échecs, critiques ou publics, durant toute sa carrière, et le seul manque de reconnaissance dont il souffrait venait de ses pairs qui ne lui accordèrent jamais le moindre Oscar.

Avec Rebecca, sorti en 1940, Hitchcock réalise, pour son premier film américain, un vrai coup de maître. Mais l’histoire de sa création est aussi un condensé des difficultés que connaîtra le cinéaste avec Hollywood, ses stars, ses producteurs et ses censeurs, tout au long de sa carrière. Travailleur acharné, habile négociateur (il aurait voulu être avocat s’il n’avait pas été cinéaste), fin psychologue, technicien de premier plan, il parvient, de film en film, à modeler une œuvre très personnelle au sein d’une machine hollywoodienne qui ne souhaite bien souvent que répéter ce qui a eu du succès.

Très vite baptisé « Maître du suspense », Hitchcock cherche avant tout à se renouveler et surtout à surprendre un public qui le connaît trop. De L’inconnu du Nord Express aux Oiseaux, en passant par Fenêtre sur cour, La mort aux trousses, Sueurs froides (considéré aujourd’hui comme le plus grand film de l’histoire du cinéma) ou Psychose, il réalise durant une quinzaine d’années une impressionnante série de chefs d’œuvre qui font de lui l’un des plus grands artistes du 20ème siècle, un créateur de formes qui a inspiré des dizaines de cinéastes. Il se disait influencé par l’expressionnisme allemand de Murnau et Fritz Lang et le cinéma de Griffith ; il aura donné le goût du cinéma à une ribambelle de jeunes cinéastes, de Truffaut à Spielberg, de Scorcese à De Palma, de Chabrol à Coppola.

Les producteurs qui l’engageaient, le public qui se déplaçait pour ses films, la presse qui les attendait impatiemment… Tous voulaient du « Hitchcock ». Lui-même, quand il évoquait une de ses œuvres qu’il pensait ratée, disait : « Ce n’est pas du Hitchcock ». Il est assez extraordinaire de constater qu’un réalisateur ait pu forger un style aussi reconnaissable. Identifier dans son œuvre des thèmes récurrents, des blondes « hitchcockiennes », des motifs ou des procédés narratifs ne parvient pas à expliquer pourquoi nous savons, quand nous regardons un film d’Hitchcock que nous sommes devant un film d’Hitchcock. D’où vient ce style absolument unique, imité, copié, inégalé ?

Deux grands principes semblent guider son œuvre, principes qui se sont même forgés en croyances au fil du temps. Le premier est que, selon lui, une histoire au cinéma doit se raconter visuellement. Ainsi, pour Hitchcock, d’abord réalisateur de films muets, le découpage (l’assemblage des plans et la manière de les assembler) était l’essence de son cinéma. Le second principe tient dans l’implication émotionnelle du spectateur. Pour le Maître du suspense, un film était une expérience à vivre.

Ces deux principes, associés à une parfaite maîtrise technique, l’ont conduit à élaborer un style cinématographique basé sur le regard (idéal pour découper) et à considérer le public comme un orchestre qu’il pouvait conduire à sa guise. La création du suspense en découle naturellement. Mais il n’est pas la seule caractéristique de l’œuvre hitchcockienne. Et s’il y a un secret à percer il est dans la fusion de ces principes. Car impliquer émotionnellement le spectateur passe par lui faire adopter le point de vue du héros du film, lui faire ressentir ce qu’il ressent sans le lui expliquer, mais en le montrant. On comprend mieux dès lors les choix de mise en scène qui l’ont amené à concevoir une séquence aussi violente que le meurtre de la douche dans Psychose ou une scène aussi poétique que celle du cimetière dans Sueurs froides.



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