Jeff Koons à Versailles

« Je crois que Louis XIV aurait adoré », lance Jeff Koons avec un sourire satisfait devant un parterre trépignant de journalistes et de caméras auxquels même les plus grands artistes ne sont guère habitués. L’artiste, radieux, est en cette rentrée le nouveau souverain de Versailles, n’en déplaise à ceux qui n’ont pas attendu l’installation de ses sculptures pour crier au scandale et dénoncer l’outrage au bon goût dans ce temple de l’art français, sur fond de connivences douteuses. Alors, Versailles transformé en Disneyland, en plus grand showroom du monde ? Le bling-bling nouveau credo de la politique culturelle ?

Les suspicions ne manquent pas car Jean-Jacques Aillagon, directeur de Versailles et initiateur de cette exposition, travaillait encore récemment pour François Pinault, grand collectionneur de Koons qui a prêté près du tiers des œuvres présentées. Tout était réuni, donc, pour un bon tollé de rentrée sur fond d’art du n’importe quoi et de gros sous. Et pourtant, en parcourant les grands appartements, on se dit que Louis XIV, en effet, aurait sans doute aimé ces sculptures qui font à nouveau briller les salons de feux que l’on croyait définitivement éteints par la surfréquentation du lieu, souvent irrespirable.

Le cœur géant, le chienchien dans le genre ballon gonflable ou l’arrogant lapin en acier chromé, qualifiés pompeusement « d’icônes », deviennent, sous les ors de Versailles, bien mieux que cela : des allégories de notre époque qui ont le pouvoir de réveiller celles du Grand siècle, endormies au plafond. Sont-elles kitsch ? Sans doute, mais la galerie des glaces l’est-elle moins ? L’intrusion de Koons nous fait redécouvrir l’esprit baroque, pour le meilleur mais aussi, devant certaines sculptures, pour le pire.

Vincent Huguet – Intervenant culture&sens – Jeff Koons à Versailles, Château de Versailles jusqu’au 14 décembre 2008.



» A lire également dans même catégorie :

Déposer un commentaire