Après Bordeaux, Compiègne et San Francisco, le Marie-Antoinette show s’installe à Paris, au Grand Palais. « C’est un music-hall ? Non, sire, c’est une exposition » qui, avec plus de trois cents œuvres venues de toute l’Europe, s’annonce comme le zénith d’une tournée à succès. Amoureux de la reine, réservez, on risque de jouer à guichets fermés ! D’autant plus que la Réunion des musées nationaux a bien fait les choses en s’associant au château de Versailles. Le commissariat a été confié et à des conservateurs qui connaissent leur Toinette sur le bout des doigts et la scénographie revient à un metteur en scène d’opéra, Robert Carsen, qui a ébloui le public de l’Opéra Bastille cet hiver avec Tannhaüser. Un parcours théâtral découpé en trois actes montre les différentes périodes de la vie de la reine, de l’adolescente autrichienne mariée à quinze ans à la reine frivole et narcissique pour arriver enfin au portrait grave d’une femme qui va mourir. Soit.

Mais avant de quitter le Grand Palais, encore tout bouleversé par l’ombre de l’échafaud cruel, le visiteur traverse la traditionnelle boutique qui termine l’exposition et, au vu du nombre de publications et produits dérivés en tout genre qui l’attendent, il peut soudain être saisi par le doute. Pourquoi cette exposition en 2008 ? Commémore-t-on la naissance ou la mort de la reine ? Que nenni. Mais Marie-Antoinette est dans l’air du temps, furieusement. Historiens, écrivains et journalistes fournissent si régulièrement en nouveautés les lecteurs, en kiosque et en librairie que l’on peut parler d’une inflation éditoriale. « Marie-Antoinette » sur une couverture fait vendre. Du côté de la mode, on ne compte plus les collections et accessoires inspirées de « l’univers » de la reine, du Versailles acidulé avec srass au look bergère chic traversant Trianon en courant. La publicité n’est pas en reste qui fait son miel des perruques poudrées, soieries bouillonnantes et autres mouches posées sur des joues roses.

Aujourd’hui, la question n’est plus de savoir si l’on est pour ou contre la reine (l’aurait-on guillotinée ?), mais si l’on partage ou pas ce que l’on peut appeler une véritable « Marie-Antoinettemania », qui s’assortit d’un fructueux business.

Tout a-t-il commencé avec le film de Sofia Coppola, Marie-Antoinette, sorti en France en 2006 ? La réalisatrice américaine y présentait la reine comme une jeune femme lost in translation à Versailles, se réfugiant dans un amour immodéré pour les fêtes au champagne, la mode et… les macarons, au centre d’un chassé-croisé édifiant : une équipe de la maison Ladurée fut employée à plein temps sur le tournage pour fournir religieuses à la rose et mille-feuilles aux framboises alors que l’enseigne parisienne présentait dès la sortie du film dans toutes ses vitrines la collection « Marie-Antoinette ». Le film a bien joué un rôle important dans l’engouement actuel, notamment en séduisant les jeunes générations qui n’adhèrent sans doute pas aux charmes de la reine pour les mêmes raisons que leurs prédecesseurs. Il y a désormais du Lady Di en elle. Mais si le film a fait grimper la cote d’amour de la reine, il ne l’a pas inventée.

Marie-Antoinette n’est pas morte (1793) que le mythe naît déjà et avec lui un commerce du souvenir et de la nostalgie, où l’on collecte des objets lui ayant appartenu, des mèches de cheveux et autres reliques que les amoureux s’arrachent dès le XIXe siècle. Les portraits miniatures et statuettes à son effigie n’ont jamais quitté les étales jusqu’à aujourd’hui où ils côtoient les souvenirs les plus variés, du parfum « reconstitué » de la reine, M.A. Sillage de la reine, vendu en exclusivité au château de Versailles (350 € les 25 millilitres, 8000 € pour l’édition luxe) aux couteaux dont le manche est fait du bois des arbres de Trianon tombés pendant la tempête de 1999. Un ingénieux artisan a acquis aux enchères souches et troncs pour en faire de l’or. Ce filon est d’autant plus rentable que la Marie-Antoinettemania sévit très fortement au Japon où l’on retrouve la reine dans de multiples accessoires, des mangas et même une comédie musicale. Que penser de ce marché, où se mêlent opportunisme mercantile et culte d’une personnalité aux multiples facettes ? Dévotion people et légère ou engagement historique, voire, politique ? La force de cette reine contradictoire demeure sans doute dans sa capacité à faire coexister les contraires.

Vincent Huguet – Intervenant de culture&sens – A propos de l’exposition « Marie-Antoinette » – Galeries Nationales du Grand Palais du 15 mars au 30 juin 2008.



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