Quelques mots, sous la forme de billets, sur des expositions ou des lieux à voir ou à revoir :

  • Alexander Calder, Les années parisiennes, 1926-1933,
  • Hors jeux,
  • La Grande Singerie du Château de Chantilly.

Alexander Calder, Les années parisiennes, 1926-1933
Centre Pompidou, Paris, jusqu’au 20 juillet. Renseignements : 01 44 78 12 33.
« Dans l’ombre du labyrinthe, entre ses mains, le fil de fer est promu fil d’Ariane » écrivait en 1929 Édouard Ramond à propos du sculpteur américain Alexander Calder arrivé à Paris quelques années plus tôt. Un fil d’Ariane qui guide les visiteurs émerveillés de l’exposition du Centre Pompidou du Cirque Calder, formidable ensemble de figurines bricolées avec des matériaux de récupération, aux premiers mobiles suspendus qui ont fait la renommée de l’artiste. On ne sait plus si Calder sculpte ou dessine ces visages et ces personnages de fil de fer qui flottent dans l’air et y dansent, comme l’irrésistible Joséphine Baker. Un parcours où le visiteur suit l’artiste vers l’abstraction sans jamais se perdre.

Hors jeux
Espace culturel, rue de Buzanval, 60 000 Beauvais, jusqu’au 27 juin. Renseignements : 03 44 06 36 00.
Dans l’actualité sportive à ne pas louper en juin, il y a Roland Garros et il y a… Beauvais, ville élue la plus sportive de France en 2006 où se tient un drôle de tournoi. On joue au baseball avec une batte en verre, au foot avec « le ballon le plus long du monde » et au ping-pong sur une table qui tient du tapis volant… Car en dépit des apparences, sport et art contemporain peuvent jouer sur le même terrain, comme le prouvent Clarisse Le Bas et Gaïdig Lemarié, les deux jeunes commissaires de l’exposition, qui ont choisi les sculptures, photographies et vidéos de 16 artistes comme on recrute une équipe. Enfin une exposition d’art contemporain qui s’attaque à un vrai et beau sujet au lieu de se perdre dans les méandres d’un concept flou : « but ! ».

La Grande Singerie du château de Chantilly
Château de Chantilly – Musée Condé, 60500 Chantilly. Renseignements : 03 44 27 31 80.
Au XVIIIème siècle, la Chine n’était pas vue comme un géant menaçant mais comme un monde lointain et fascinant, peuplé de petits mandarins… et de singes ! C’est ce goût pour l’exotisme que l’on retrouve dans toute sa splendeur à la « Grande Singerie » du château de Chantilly, qui vient d’être entièrement restaurée. Le boudoir, décoré en 1737 par Christophe Huet pour Louis-Henri, duc de Bourbon, prince de Condé, abritait à l’origine des collections de porcelaine de Chine et du Japon. De multiples significations se cachent dans ce décor merveilleux où les singes costumés en hommes chassent, font la guerre ou s’essaient à l’alchimie. Une invitation à (re)découvrir l’un des plus beaux châteaux d’Ile de France, loin des foules de Versailles.

Marie Stuart. Le destin français d’une Reine d’Ecosse
Musée Nationale de la Renaissance – Château d’Ecouen, 95440 Ecouen et Musée Condé – Château de Chantilly, 60631 Chantilly, jusqu’au 2 février 2009. Renseignements : 01 34 34 38 50 (Ecouen) et 03 44 27 31 80 (Chantilly).
Après la « Marie-Antoinette-mania », va-t-on assister à la vogue « Marie (Stuart) à tout prix » ? Reine de France et d’Écosse, mariée trois fois et morte exécutée, Marie Stuart (1542-1587) eut elle aussi un destin si romanesque qu’elle devint un mythe célébré par la peinture, la littérature ou l’opéra. C’est en parcourant les salles de deux beaux châteaux que l’on peut cet automne chercher son fantôme et imagnier à travers portraits, bijoux et objets d’art cette vie située entre une pièce de Shakespeare et La Princesse de Clèves.

Simon Vouet. Les années italiennes (1613 – 1627)
Musée des Beaux Arts, 10 rue Georges Clémenceau, 44000 Nantes, jusqu’au 23 février 2009. Renseignements : 02 51 17 45 00.
Pour le visiteur qui parcourt les églises et les musées de Rome, c’est l’un des seuls artistes français à partager les glorieuses cimaises avec Raphaël ou Michel-Ange : Simon Vouet. Et s’il reste de si belles traces de lui dans la Ville éternelle, c’est qu’il y a vécu des années décisives dans sa formation et sa consécration. Le Musée de Nantes a fait venir du monde entier les tableaux qui racontent cette école de la beauté, où Vouet hésite entre les ténèbres de Caravage et la lumière de Carrache, inventant un style qui marque l’histoire de la peinture française pour longtemps. Un émerveillement.

Expérience Pommery 5
Domaine Pommery, 5 place du Général Gouraud, 51100 Reims, jusqu’au 31 décembre. Renseignements : 03 26 61 62 56.
L’Europe ? 27 pays mais, pour beaucoup, une abstraction, une construction administrative sans identité culturelle commune. À l’heure de la présidence française de l’Union européenne, le domaine Pommery relève un beau défi : habiller des couleurs de l’art le vieux continent, montrer que la création y est foisonnante et que les artistes y parlent parfois la même langue. Dans le dédale impressionnant des caves, des oiseaux jouent de la guitare électrique, une plage de sable attend le soleil et des micros sont pétrifiés dans le bois, comme si la langue de bois, elle aussi, était européenne… La visite s’achève avec une coupe de champagne.

Isabelle Champion-Métadier – Œuvres sur papier
Galerie Catherine Putman, 40 rue Quincampoix, 75004 Paris, jusqu’au 8 novembre. Renseignements : 01 47 05 61 43.
Parmi les expositions présentées par les galeries parisiennes en cette rentrée, il y a les poids lourds, les stars très attendues, mais il y a aussi des découvertes à faire hors des sentiers battus. Catherine Putman, galeriste amoureuse des œuvres sur papier, présente ainsi les dessins inclassables d’Isabelle Champion-Métadier. Sur des fonds d’un blan immaculé s’épanouissent des formes rondes, étranges, irradiant de couleurs insensées. Si l’art contemporain est parfois hermétique, celui que pratique Champion-Métadier est au contraire généreux, jouissif, offrant au regard des œuvres qui semblent autant de friandises à déguster sans modération.

Richard Serra – Clara-Clara
Dans le jardin des Tuileries, à Paris, jusqu’au 3 novembre. Renseignements : 01 40 20 53 17.
Clara-Clara, joli nom (celui de la femme de l’artiste, en fait) pour une sculpture tout en acier haute de 3,40 mètres et longue de 36 mètres. Œuvre de l’artiste américain Richard Serra, à l’honneur au Grand Palais à partir du 7 mai (Monumenta), la sculpture est de retour sur le site pour lequel elle avait été créée en 1983 : à l’entrée du jardin des Tuileries, face à l’axe majeur qui va du Louvre à l’Arc de triomphe. Clara-Clara, comme les deux grands « C » ou parenthèses qui constituent l’installation et offrent un nouveau point de vue sur la ville, sur le jardin, invitant le promeneur à « expérimenter » une sculpture plutôt qu’à la voir.

Goya – Les Caprices de Goya
Palais des Beaux-Arts de Lille, place de la République, 59000 Lille. Prolongé jusqu’au 17 août. Renseignements : 03 20 06 78 00.
« Le sommeil de la raison engendre des monstres »… n’est pas un sujet de philosophie au bac mais le titre de l’un des plus célèbres et fascinants Caprices de Francisco de Goya y Lucientes (1746-1828). Connu pour ses portraits ou ses célèbres Maja, le peintre espagnol était aussi un graveur de génie, à redécouvrir en ce moment à Paris (Petit Palais) et à Lille. Les Caprices ? 80 estampes réalisées en 1799 à l’eau-forte, l’aquatinte, la pointe sèche pour dresser un théâtre de papier où Goya se moque de ses contemporains, dénonce leurs vices ou leur folie, met en scène l’amour, la religion, la sorcellerie. Confrontées à des œuvres contemporaines, ces images sont inoubliables.

Christian Lacroix au Musée Réattu
Musée Réattu, 10 rue du Grand Prieuré, 13200 Arles. Jusqu’au 31 octobre. Renseignements : 04 90 49 37 58.
C’est l’histoire d’un Arlésien qui ne joue pas l’Arlésienne : Christian Lacroix, natif de la cité romaine, revient cet été au bercail. Commissaire des rencontres photographiques, il est également l’invité du Musée Réattu, l’un des musées les plus poétiques qui soit, installé dans un grand prieuré au bord du Rhône. Le couturier rend hommage à sa ville en invitant des artistes et en choisissant dans les collections du musée des œuvres qu’il affectionne et fait résonner avec ses propres créations : robes, esquisses, accessoires. D’une salle à l’autre, le visiteur entre dans l’intimité d’un atelier amoureux de la Provence où l’on célèbre la beauté.

Rome et les barbares. La naissance d’un monde nouveau.
Palazzo Grassi, Campo San Samuele, 3231, Venise, jusqu’au 20 juillet. Renseignements : 0039(0)415231680.
Vous les imaginez encore hirsutes, sanguinaires et vêtus de peaux de bête, ces fameux barbares, qui, en déferlant sur l’Empire romain à la fin de l’Antiquité auraient sonné le glas de la civilisation pour de longs siècles ? Vous avez tout faux, car l’exposition du Palazzo Grassi prouve, avec plus de 2000 pièces à conviction à l’appui (trésors, sculptures, bijoux, précieux manuscrits, etc.) que l’arrivée de ces peuples en Occident n’est pas la fin d’un monde mais le début d’un nouveau, où les influences se mêlent, où l’art et la civilisation se réinventent. Pour comprendre notre Europe, il faut rendre aux « barbares »… ce qui leur appartient !

Le Cabinet des Merveilles
Galerie d’art du Conseil général, 21 bis Cours Mirabeau, 13100 Aix-en-Provence. Jusqu’au 29 juin. Renseignements : 04 42 93 03 67.
À l’origine des collections d’art étaient… les cabinets de curiosités, qui, dans un joyeux désordre, faisaient cohabiter fossiles et coquillages, sculptures antiques, peintures, instruments d’optique et autres merveilles en tout genre. Sous-titrée « Éternuements de corneille, pieds d’huître et œufs de léopard », l’exposition d’Aix fait revivre avec bonheur cet esprit encyclopédique qui fleurit en Provence au XVIIIe siècle en y ajoutant des œuvres contemporaines. Les bizarreries d’Annette Messager, Miquel Barceló ou Jan Fabre côtoient les trésors cachés du Museon Arlaten créé par Frédéric Mistral pour offrir au visiteur un voyage hors du temps.

Louise Bourgeois
Musée national d’art moderne – Centre Georges Pompidou, du 5 mars au 2 juin. Renseignements : 01 44 78 12 33.
Arachnophobes s’abstenir : dans l’entrée du Centre Georges Pompidou, une araignée géante semble échappée d’un film d’épouvante. Pour Louise Bourgeois, rien d’effrayant, la grande fileuse est une figure maternelle et protectrice. À 96 ans, la plus américaine des artistes françaises, installée à New York depuis les années 1940, n’en finit pas de brouiller les repères, qu’elle sculpte le bois, le marbre, le latex ou même le tissu. Ses œuvres parlent du corps, du couple, de la sexualité en se référant toujours à des souvenirs d’enfance qui n’ont jamais quitté celle qui déclare : « l faut abandonner le passé tous les jours ou bien l’accepter. Et si on n’y arrive pas, on devient sculpteur. « 

Loris Gréaud – The Cellar Door
Palais de Tokyo, 13 avenue du Président Wilson, 75016 Paris. Jusqu’au 27 avril. Renseignements : 01 47 23 54 01.
Dans une forêt d’arbres calcinés sous la pâle lueur de la lune, le visiteur déambule comme dans un songe, incertain de ce qu’il voit mais sous le charme. Nous sommes au Palais de Tokyo, qui offre pour la première fois la totalité de ses espaces à un artiste français de 29 ans, Loris Gréaud. Une exposition est-elle, comme le cinéma, une usine à rêves ? Plutôt « une usine qui rêve », répond l’artiste qui a installé au centre du Palais une vaste salle des machines d’où les différentes « bulles » du parcours sont animées selon une partition qui est aussi celle d’un opéra… Une exposition qui se découvre comme un spectacle et où l’on pourra, à l’entracte, goûter le Celador, bonbon au goût d’illusion.

Vincent Huguet – Intervenant culture&sens.



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